Ce n’est plus une idée d’utopistes. Selon l’enquête DeCoDe menée par le CEVIPOF (Sciences Po) et l’institut Verian auprès de 2 500 Français, une majorité absolue se dit favorable au remplacement du Sénat par une chambre de citoyens tirés au sort. C’est, selon les chercheurs eux-mêmes, « peut-être le résultat le plus saillant de l’enquête ».
Pendant des années, on nous a répondu que le tirage au sort en politique était une curiosité d’universitaires. Que les Français tenaient à l’élection. Que le Sénat, « chambre de la sagesse », n’était pas un sujet.
Les chiffres disent autre chose. Un Français sur deux est déjà prêt à confier la seconde chambre du Parlement à des citoyens ordinaires.
Un soutien net, une opposition résiduelle
53 % des sondés sont favorables à un Sénat tiré au sort : 17 % « très favorables » et 36 % « plutôt favorables ». En face, seuls 11 % y sont « très défavorables ».


L’enquête a été réalisée en mai 2025 sur un échantillon représentatif de 2 500 personnes en France hexagonale. Elle s’inscrit dans le projet de recherche « Délibération citoyenne et confiance dans la politique démocratique », porté par Bernard Reber, Damien Bol, Flora Chanvril, Bruno Cautrès et Dimitri Courant.
Pourquoi le Sénat ? Les chercheurs pointent un double déficit :
- de représentativité : sa composition reflète très peu la diversité de la population française ;
- de légitimité : ses membres sont élus indirectement par des grands électeurs, et non au suffrage universel direct.
Face à cela, le tirage au sort a des arguments solides : une assemblée qui ressemble à la France (grâce aux quotas), l’égalité des chances, l’impartialité et l’absence de calcul électoral.
Les Français ne rejettent pas la démocratie, mais l’« électocratie »
Le constat de départ est sévère : seuls 13 % des répondants font confiance à la politique, 17 % au gouvernement et 21 % à l’Assemblée nationale. Pourtant, 80 % restent attachés à un système démocratique. Ce que les Français rejettent, c’est un pouvoir confié à des élus qui ne sont plus tenus par les attentes de leurs électeurs.


Oui aux assemblées citoyennes, non aux consultations alibis. 67 % jugent que c’est une bonne chose que des citoyens participent aux conventions citoyennes. Mais parmi les sceptiques, 56 % y voient « une arnaque qui permet aux politiciens de gagner du temps et de faire de la communication ». Ce n’est pas le tirage au sort qui est critiqué : c’est la « consultation d’élevage », où les élus choisissent le thème puis trient les propositions.
Les citoyens veulent fixer l’agenda. 40 % souhaitent que les sujets des assemblées citoyennes soient décidés par les citoyens eux-mêmes, par pétition. Le Parlement n’obtient que 20 %.
Pas de chèque en blanc pour autant. Pour valider les propositions, 36 % préfèrent le référendum et 23 % une transmission au Parlement. Seuls 12 % veulent qu’elles deviennent loi sans aucune ratification. 35 % estiment que les assemblées citoyennes devraient « écrire la loi », 44 % s’y opposent.


« Des gens comme moi ». Pourquoi faire confiance aux tirés au sort ? Parce qu’ils « ne cherchent pas à être réélus » (44 %), parce que « ce sont des gens comme moi » (43 %) et par défiance envers les élus (41 %). La qualité de la délibération ou l’audition d’experts arrivent en dernier.
Notre lecture : la majorité existe, il reste à faire la preuve
Ce chiffre de 53 % est au cœur de notre combat. Les Sénacteurs proposent précisément de remplacer les sénateurs par des citoyens tirés au sort. L’enquête montre que nous ne parlons pas à une minorité : nous portons une aspiration majoritaire.
Elle nous dit aussi comment la porter :
- Les citoyens doivent choisir leurs sujets. C’est la condition pour sortir de la « consultation tactique» au profit d’intérêts partisans. Notre Sénat citoyen expérimental fixera lui-même son ordre du jour.
- L’indépendance est la clé de la confiance. Si tant de Français voient dans les conventions une opération de communication, c’est qu’elles dépendent de ceux qu’elles devraient bousculer. Le nôtre sera financé par les citoyens.
- Le dernier mot appartient au peuple. Une seconde chambre tirée au sort n’enlève rien au suffrage universel. Elle ajoute, à côté des élus, une assemblée de « gens comme nous » qui n’ont pas de réélection à préparer.
À l’approche de 2027, les candidats qui parleront de réforme des institutions ne pourront plus ignorer ce chiffre. À nous de le rendre impossible à ignorer.
Vous faites partie des 53 % ? Rejoignez les Sénacteurs et aidez-nous à réunir le premier Sénat citoyen.
Source : CEVIPOF (Sciences Po), « La démocratie participative gagne du terrain dans l’opinion », d’après l’enquête DeCoDe (« Délibération citoyenne et confiance dans la politique démocratique »), terrain Verian, mai 2025, 2 500 répondants.

